« J’AI appris à lire en 1951, mon premier livre a été publié en 1975. Entre-temps, il y aurait des épisodes à raconter — car tout est racontable, tout peut devenir écriture. Depuis 1974, je n’ai eu d’autre entreprise que d’écrire, justement. Cela fait un bon tiers de siècle maintenant : le cœur d’une existence. Je vis dans les feuilles, au rythme des saisons, dans une petite maison parisienne, du côté de la porte d’Ivry. Je suis marié et j’ai trois enfants. Dans une existence antérieure, entre 1951 et 1975, j’ai été enfant de chœur, ramasseur de patates, chef scout, démonstrateur en tondeuses à gazon, pion d’internat et d’externat, moniteur de centre aéré, étudiant, prof de français, secrétaire d’état-major (de 1re classe), assistant régisseur et assistant réalisateur, directeur d’éditions musicales, assistant de production, chef de figuration, cuistot sur des spots publicitaires… Je dois en oublier. Sans une mirobolante liste de boulots divers et temporaires, aucun auteur de polars n’est sérieusement crédible. Le principe est de se prétendre « ancien peintre en bâtiment » si un jour on a donné un coup de main à un copain qui repeignait son appartement. J’ai été peintre en bâtiment. »

A.D., sur le défunt site romanpolicier.com, décembre 2000.

Avec le cinéaste Jacques Deray,

5e Festival de Reims, octobre 1983.

Photo, Gérard Rondeau.

Festival de Reims, novembre 1980. Emmanuel Errer, Alain Demouzon, François Guérif, Jean-François Coatmeur, Christopher Diable. Devant : Ed Mc Bain, Pierre Siniac, Sébastien Japrisot, Jean Vautrin.

Photo, Champagne Ruinart.

Avec le romancier américain Bill Pronzini. 5e Festival de Reims, 1983.

Photo, Alain Hatat.

Échange de vues avec Donald Westlake au 3e Festival de Reims, Toussaint 1981. Photo, Alain Hatat

Signature au Salon du livre de poche de Nogent-sur-Marne, 1984. Photo, L. Chanfreau

En reportage pour VSD, avec les hommes de l’Unité mobile de sécurité du Val-de-Marne, mai 1980.

Photo, VSD/Marc Simon.

En compagnie de Michel Lebrun, rencontre avec des étudiants de l’université de Reims.

Photo, Alain Hatat, 1981.

Étrange similitude de l’auteur au travail, à vingt ans d’écart. La persévérance du hasard ?

1984, DR et 2003, Arcadia/Isabelle Vincenti.

       
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Alain Demouzon est né le vendredi 13 juillet 1945 à Lagny-sur-Marne, à une trentaine de kilomètres à l’est de Paris. Ses parents sont commerçants en fournitures agricoles. La famille paternelle est d’origine meusienne : des cultivateurs. La famille maternelle vient du Limousin : des maçons, et toujours aussi un peu paysans, de père en fils. Alain est l’aîné de quatre enfants.

Scolarité à Lagny, à l’école communale Paul-Bert, puis au pensionnat Saint-Laurent, jusqu’à la classe de première. C’est à Meaux qu’il fera sa philo, à l’école Sainte-Marie où Pierre Véry fut élève et dont les souvenirs lui permirent d’écrire ces deux beaux romans d’enfance et de nostalgie que sont Les Disparus de Saint-Agil et Les Anciens de Saint-Loup. Après un baccalauréat, obtenu en 1965, Alain Demouzon s’inscrit à la Sorbonne, tout en étant pion d’internat puis d’externat à Sainte-Marie, pendant cinq ans. En 1969, il obtient une maîtrise de Lettres modernes, avec un mémoire final sur «Le temps et la durée dans les Contes cruels et Nouveaux contes cruels de Villiers de l’Isle-Adam». Après une année d’enseignement, il profite de son service militaire au ministère de la Défense nationale — où il a été affecté comme secrétaire d’état-major —, pour passer une licence en sciences de l’éducation. Il s’installe définitivement à Paris, dans le 13e arrondissement. Son ami Alain Étévé le fait alors entrer à Cinéquanon, la maison de production du comédien et réalisateur Jean Yanne, dont il devient l’un des assistants. Sur le tournage du film Les Chinois à Paris, il rencontre Brigitte Paquot, habilleuse et costumière, qui vient de la Comédie française, et avec qui il se marie en mars 1974. Ils auront trois enfants : Barthélemy, Émilie et Clémence.

Fin 1973, licencié (« d’un commun accord ») de Cinéquanon, Alain Demouzon va profiter de ses indemnités pour prendre le temps d’écrire un premier roman, qui ne sera édité que vingt ans plus tard (Assomption pour les charlots). Mais une décision radicale est prise : tenter de vivre en écrivant et en publiant. En attendant, il faut apprendre le métier « sur le tas », en recommençant un nouveau livre dès que le précédent est terminé et sans attendre les inévitables lettres de refus qui n’encouragent guère. Alain Demouzon écrit huit livres en cinq ans. Le premier titre édité sera Gabriel et les Primevères, chez Flammarion — dont le directeur littéraire n’est autre que Paul Otchakovsky-Laurens, futur créateur de la prestigieuse maison d’édition P.O.L. Ayant entendu parler de Mouche, un polar en gestation, Paul Otchakovsky-Laurens demande à le lire, bien que la maison ne publie pas de romans policiers. Conscient des potentialités de l’auteur et séduit par le livre, P.O.L. le recommande à Henri Flammarion et à son fils, Charles-Henri, qui doit bientôt prendre la direction de la maison.

« Ce fut une de ces magnifiques chances de débutant dont on ne mesure que bien plus tard la rareté et la générosité. « Monsieur Henri », comme on disait dans la maison avec un respect craintif, n’avait pas une bonne opinion du roman policier — il ne devait guère en lire. Il trouva à mon roman Mouche des qualités inhabituelles et contradictoires à son sentiment, et me demanda si j’étais disposé à en écrire trois ou quatre par an du même tonneau. Il proposait de me donner un peu des moyens de « vivre de ma plume » et suggéra une présentation unifiée qui donnerait à mes publications l’allure d’une collection dont je serais l’unique auteur. »

De juin 1976 à juin 1983, Alain Demouzon va publier ainsi douze romans qui vont imposer son nom et que les éditions J’ai lu rééditeront au format de poche. Des traductions suivent, en une douzaine de langues. En 1979, Mes crimes imparfaits (1978) obtient le prix Mystère de la critique qui, vingt-deux ans plus tard, couronnera également La Promesse de Melchior.

D’octobre 1979 à novembre 1980, Alain Demouzon publie dans l’hebdomadaire VSD une série d’enquêtes sur des faits divers, ainsi que des reportages sur différents services de police. Précieuses expériences de terrain. En mai 1980, il achète une petite maison proche de la porte d’Ivry. D’importants travaux sont à faire. Il faut encore augmenter la cadence et diversifier les sources de revenus. En octobre 1980, commence une collaboration suivie avec la revue Polar, mensuel qui, après sept ans d’interruption, deviendra trimestriel : vingt « Balades de Walker Flaning », jusqu’en juillet 1983, et neuf « Leçons de ténèbres », de 1990 à 1993. Les 36 premières « enquêtes du commissaire Bouclard », énigmes « à résoudre vous-même » paraissent dans le mensuel QI Jeux & Tests, de novembre 1980 à octobre 1983.  En 1982, Alain Demouzon rédige également onze courts scénarios pour la série télévisée Inspecteur Puzzle (émission de jeux pour la jeunesse) et, l’année suivante, il travaille avec le cinéaste Jean-Louis Bertuccelli au scénario du film Stress, puis à l’adaptation de son roman Quidam, que va réaliser Gérard Marx. De son côté, Jacques Doillon a adapté Monsieur Abel, qui sera diffusé le 20 octobre 1983.

Cette intense activité n’empêche pas de trouver encore du temps à consacrer à des activités bénévoles. De 1980 à 1983, Alain Demouzon sera le premier président de l’association « 813 », les Amis de la littérature policière, dont il est l’un des initiateurs et fondateurs. La future BiLiPo, Bibliothèque des littératures policières, est un projet qui lui tient à cœur, et qui aboutira en 1984. Vice-président du SELF (Syndicat des écrivains de langue française), il siégera à la Commission professionnelle de l’Agessa (Sécurité sociale des auteurs) dont il sera trois années président. Il animera et présidera également la Commission sociale et fiscale de Conseil permanent des écrivains (CPE) et, à ce titre, participera aux travaux de la « commission Racine » (qui permit un temps aux écrivains d’obtenir un forfait fiscal de frais professionnels). Dans le quartier où il habite, passage Bourgoin, près de la rue Nationale, il fonde l’association citoyenne Inter-Nationale-Bourgoin, qu’il va présider pendant une dizaine d’années.

En juin 1983, Paquebot sera le dernier polar de la série Flammarion. À la demande de son éditeur, Alain Demouzon préparait alors depuis deux ans un gros roman « littéraire », La Perdriole, qui, en septembre 1984, lui vaudra une couverture médiatique jamais atteinte. Bernard Pivot l’invite à « Apostrophes ».

« À l’époque, cette célèbre émission de télévision consacrée aux livres était censée vous ouvrir les portes de la notoriété et du succès. Celle à laquelle je participai s’intitulait « Premiers romans », étant entendu que mes treize romans précédents comptaient pour du beurre !… Ce que je ne savais pas encore, c’est que mon lectorat polar allait alors m’abandonner et que je ne gagnerai rien de l’autre côté. »

Alain Demouzon travaille alors au scénario d’un téléfilm musical de Patrick Le Gall (One, two, flic) qui, en lui faisant rencontrer le patron de la fiction sur la deuxième chaîne, va l’entraîner davantage vers l’audiovisuel. Il écrit entre autres plusieurs épisodes de la série Les Cinq Dernières Minutes, avant de créer la série Ferbac dont Jean-Claude Brialy sera le héros. Les projets et les écritures se multiplient, mais trop souvent sans aboutissement, comme c’est hélas la règle la plus commune dans cet étrange métier. En 2002, Alain Demouzon renonce, à l’audiovisuel. Il se consacrera désormais exclusivement à ses livres, tâche pour lui primordiale et qu’il n’avait jamais délaissée, multipliant au contraire les expériences dans la diversité : recueil de nouvelles, BD, contes pour la jeunesse, récits, romans blancs ou noirs.

Il va alors revenir plus résolument à la littérature policière — qu’il n’avait jamais abandonnée, contrairement à ce qu’on a pu dire (ne serait-ce que par le polar télévisuel et la réédition de ses énigmes « à résoudre vous-même » : trois recueils aux éditions Ramsay, à partir de 1984, et l’édition intégrale et définitive des Enquêtes du commissaire Bouclard, parue chez Fayard, en 2002). En 1994, La Série Noire publie Dernière station avant Jérusalem, tandis que les éditions du Masque proposent le premier volume de l’Intégrale Alain Demouzon qui en comportera trois. L’année suivante voit la parution de Melchior (Calmann-Lévy), première « saison » des aventures existentielles d’un commissaire atypique, dont l’écriture, particulièrement dense et exigeante, va se poursuivre au long de six épais volumes. Un projet dont l’élaboration a commencé en 1990. Agence Melchior (Fayard) est paru en 2006 ; et le sixième et dernier tome, Un amour de Melchior, en avril 2008. Les Faubourgs d’Armentières, récit de mémoire familiale organisé autour de la guerre et de la captivité de son père, en 1940, est sorti chez Fayard en février 2010.


Maxime Lehutin, juin 2007-août 2009


« Il faut lire chronologiquement les romans mettant en scène le commissaire Melchior pour prendre pleinement la mesure d’un univers romanesque exceptionnellement riche — ce qui n’est pas si courant dans la production policière. »

Sylvie Kha,

BiLiPo, Bibliothèque des littératures policières.

En famille, passage Bourgoin, été 1991.

La maison du passage Bourgoin au toit ensoleillé.